Troisième année de suite parmi les top performeurs iad, et une question qui revient souvent. Je n'ai pas de secret, mais j'ai fini par mettre de l'ordre dans mes réponses.
Mercredi dernier, le dicton s'est vérifié : jamais deux sans trois. Depuis, j'ai eu de nombreux échanges. Avec des collègues, avec des conseillers que je connaissais peu, et même avec une amie d'enfance qui avait vu passer la nouvelle. Et souvent, sous une forme ou une autre, revenait la même question : « C'est quoi ton secret ? »
J'ai d'abord répondu au cas par cas, entre deux rendez-vous. Puis je me suis rendu compte que je ne racontais pas tout à fait la même chose selon l'heure de la journée et le niveau de café. Alors je me suis posée pour remettre tout ça à plat. Spoiler : la réponse va en décevoir quelques-uns.
Ce que la photo ne montre pas
Un classement compte les ventes signées. Il ne compte pas les autres.
Il ne montre pas le compromis qui saute un vendredi à 18 heures, parce que la banque a changé d'avis. Ni le vendeur qui, après trois rendez-vous et un avis de valeur détaillé, signe chez quelqu'un d'autre « parce que c'est un ami de mon beau-frère ». Ni les semaines où le téléphone reste aussi silencieux qu'une bibliothèque un dimanche.
Tout cela, je l'ai vécu cette année encore, comme les deux précédentes. Si l'on additionnait mes déceptions plutôt que mes ventes, je serais peut-être aussi sur un podium. Moins photogénique.
C'est la première chose que j'ai envie de dire : les gens qui durent ne perdent pas moins que les autres. Mais ils récupèrent sans doute un peu plus vite, et ils savent faire de chaque échec un levier pour aller plus loin.
Perdre correctement, ça s'apprend
Pendant longtemps, j'ai cru qu'être solide mentalement, c'était ne pas être touchée. C'est faux, et c'est épuisant à essayer. Aujourd'hui, j'ai quelques règles, plus pratiques que philosophiques.
La règle des vingt-quatre heures. Quand une affaire tombe, j'ai le droit d'être déçue, agacée, de refaire le film dans la voiture. Pendant une journée. Le lendemain, on passe à autre chose. Pas parce que ça ne compte pas, mais parce que ruminer ne fait revenir aucun acquéreur.
Une autopsie, pas un procès. Une fois la poussière retombée, je me pose deux questions : qu'est-ce qui dépendait de moi, et qu'est-ce qui n'en dépendait pas ? La deuxième colonne, je la lâche. La première, je la note. C'est souvent une petite chose : un appel que j'aurais dû passer plus tôt, un doute que j'ai senti et pas creusé.
Juger la décision, pas le résultat. On peut très bien travailler et perdre quand même. On peut aussi bâcler et gagner, par chance. Si je ne regarde que l'issue, j'apprends les mauvaises leçons. Alors je me demande plutôt : avec ce que je savais à ce moment-là, est-ce que j'ai fait le bon choix ? Si oui, je recommence. Le hasard finira par tourner.
Ne pas laisser un échec déborder. Une vente perdue est une vente perdue, pas la preuve qu'on n'est pas fait pour ce métier. Le piège, c'est de transformer un événement en verdict sur soi. Je m'oblige à le formuler simplement : « Cette affaire n'a pas abouti. » Pas : « Je n'y arrive pas. » La nuance paraît mince. Elle change tout le lendemain matin.
Savoir se réjouir, ça s'apprend aussi
On parle beaucoup de la façon d'encaisser les échecs. Beaucoup moins de la façon d'accueillir les réussites. Et pourtant, je crois que c'est là que beaucoup de gens se fatiguent : ils enchaînent, ils signent, et ils passent immédiatement au dossier suivant sans jamais s'arrêter.
Une victoire qu'on ne savoure pas ne recharge rien. Alors je m'accorde ce moment, même pour les petites : un mandat signé, un vendeur qui rappelle alors que je n'y croyais plus, un acquéreur qui me remercie après la remise des clés. Ça fait du bien, tout simplement, et ce bien-là sert de réserve pour les jours moins faciles.
Surtout, je fais l'autopsie de mes victoires comme de mes échecs. Qu'est-ce qui a fonctionné, précisément ? La façon dont j'ai préparé le rendez-vous ? Une question posée au bon moment ? Ce n'est pas de l'autosatisfaction, c'est de la méthode. Ce qui a marché une fois a de bonnes chances de remarcher, à condition de savoir ce que c'était.
J'ai d'ailleurs une habitude un peu bête mais très efficace : je note mes réussites quelque part. Les jours où le doute s'installe, relire cette liste rappelle une chose simple. Si je l'ai fait avant, je peux le refaire.
La préparation mentale, version terrain
Quand on parle de préparation mentale, on imagine des sportifs, de la visualisation, un tapis de yoga. Chez moi, c'est beaucoup moins glamour. C'est surtout de l'organisation.
Avant un rendez-vous qui compte, je prépare la question qui me déstabiliserait le plus, pas celle à laquelle je sais répondre. Je décide à l'avance de ce que je ferai si la réponse est non, pour ne pas improviser en étant vexée. Et je ne programme jamais un appel délicat juste après une mauvaise nouvelle : je m'accorde une heure tampon, même courte.
J'ai aussi appris à protéger mon énergie plutôt que mon temps. Une journée de dix heures peut être légère, une heure avec un dossier qui traîne peut vider le réservoir. Je regroupe les tâches qui me pèsent, je les fais tôt, et je garde l'après-midi pour ce qui me donne de l'élan.
Enfin, je prépare mes jours sans. Ils arrivent, à tout le monde. Plutôt que d'attendre la motivation, j'ai une liste de tâches simples et utiles pour ces journées-là : relancer, classer, mettre à jour, appeler un client juste pour prendre des nouvelles. Un jour sans n'est pas un jour perdu s'il fait avancer quelque chose, même un peu.
Le mental, finalement, ce n'est pas une force qu'on a ou qu'on n'a pas. C'est un ensemble d'habitudes qu'on entretient, comme une voiture qu'on fait réviser avant qu'elle ne tombe en panne sur l'autoroute.
La vraie performance, c'est la durée
Faire une belle année, beaucoup de gens en sont capables. Avec de l'énergie, un peu de chance et un bon secteur, on peut créer un pic. Ce qui est plus rare, c'est de recommencer. Et c'est là, je crois, que se trouve la vraie performance.
Pour durer, j'ai arrêté de raisonner en sprint. Un métier comme le nôtre a ses saisons : des mois qui s'emballent, d'autres qui traînent sans raison apparente. Un mois creux n'est pas un échec, c'est souvent la conséquence normale d'un mois chargé où l'on a moins prospecté. Le savoir évite de paniquer, et surtout de prendre de mauvaises décisions sous la pression.
Je me fixe aussi des objectifs sur ce que je maîtrise, pas seulement sur le résultat. Je ne décide pas du nombre de ventes que je signerai ce mois-ci. Je décide en revanche du nombre de personnes que j'appelle, des rendez-vous que je provoque, du temps que je consacre à me former. Le résultat suit, avec un décalage. Et quand il tarde, j'ai au moins la certitude d'avoir fait ma part.
Enfin, je planifie le repos comme un rendez-vous client. Pas quand il reste de la place, mais à l'avance, dans l'agenda. Ce n'est pas un luxe : c'est ce qui permet d'aborder la troisième année avec la même envie que la première.
Développer une équipe, c'est passer après
Il y a une partie de la performance dont on parle moins : celle qui ne se mesure pas en ventes, mais en personnes qui avancent. Accompagner une équipe, la faire grandir, c'est un autre métier dans le métier. Et il a lui aussi son envers.
Quand on accompagne des conseillers, on est disponible pour eux avant de l'être pour soi. Le message reçu à 21 heures d'un collègue qui doute avant son premier rendez-vous ne peut pas attendre le lendemain. La question sur un mandat passe avant mon propre dossier, parce que pour lui, c'est peut-être la vente qui change son mois. Mon agenda a donc deux propriétaires : moi, et ceux que j'accompagne.
C'est exigeant, et je ne vais pas prétendre le contraire. Il y a des semaines où je fais avancer les projets des autres plus vite que les miens. Mais c'est aussi la partie qui me rend la plus fière. Voir quelqu'un signer sa première vente, ou reprendre confiance après un mois difficile, ça ne figure dans aucun classement personnel.
Tout ce que j'applique pour moi vaut d'ailleurs pour eux. Les aider à perdre correctement, sans transformer un échec en verdict. Et surtout, célébrer leurs réussites, vraiment, en nommant précisément ce qu'ils ont bien fait. « Bravo » fait plaisir. « Bravo, ta relance au bon moment a tout débloqué » fait progresser. Une équipe qui prend l'habitude de se réjouir ensemble crée un élan que personne ne peut créer seul.
Être entrepreneur, c'est signer pour tout le paquet
Il y a une phrase que je me répète souvent : quand on est indépendant, il n'y a personne à qui reprocher le mois de février.
Pas de direction qui a mal fixé les objectifs, pas de collègue qui a récupéré le bon secteur. Si le mois est creux, c'est mon mois. Au début, ça fait un peu peur. Avec le temps, j'y vois surtout une bonne nouvelle : si c'est de mon fait, c'est aussi entre mes mains.
Mais la responsabilité ne s'arrête pas au chiffre. Elle couvre aussi ce que la performance coûte autour de soi : les soirées où l'on arrive tard, la fatigue qu'on rapporte à la maison, le client qu'on n'a pas rappelé assez vite. Alors j'ai appris à dire ce que je ne paierai plus. Certains rendez-vous, je les refuse. Certaines soirées, mon téléphone dort avant moi. Ce n'est pas un manque d'ambition : c'est ce qui permet d'être encore là l'année suivante.
Un podium ne se garde pas, il se loue à l'année
Voilà ce que je réponds désormais quand on me demande mon secret. Il n'y en a pas. Il y a des constantes : récupérer vite, savourer ce qui marche, juger ses décisions plutôt que sa chance, raisonner en saisons plutôt qu'en sprints, être là pour les autres sans s'oublier complètement, et assumer tout ce que l'indépendance implique.
On ne monte jamais seule sur un podium, même quand la photo laisse croire le contraire.
Le trophée, je l'ai reçu mercredi soir. Jeudi matin, une journée normale commençait : des mails, des appels, des dossiers à faire avancer. J'ai vérifié, il n'a pas passé un seul coup de fil à ma place. Je crois qu'il attend de voir si je mérite de le garder l'an prochain.
